Lieu et Horaires

Avenue Germaine, Yaoundé V, Cameroun

Lun-Ven : 8H - 18H

Sam : 15H - 23H

Activité Exposition Projet Atelier Espaces
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LOOKING FOR LOVE : La nuit où la terre a dansé

Récit du spectacle « LOOKING FOR LOVE – Live Experience » au Cabinet de Sciençage

Yaoundé, le 28 février 2026 – Après l’émotion solitaire de l’exposition « LOOKING FOR LOVE – Exhibition », il restait une promesse à tenir : celle de la communion. Ce soir-là, dans la cour du Cabinet de Sciençage, la terre a tremblé, les flammes ont dansé, et le public, assis sur des nattes en arc de cercle, a vécu l’une de ces nuits dont on sort transformé. Retour sur une cérémonie.

UNE SOIRÉE QUI COMMENCE PAR LA PAROLE

Tout a commencé dans la douceur d’une fin d’après-midi yaoundéenne. La cour du Cabinet de Sciençage avait été métamorphosée : des nattes disposées en U, des coussins colorés, des sièges en bois tout autour. Une playlist soigneusement choisie enveloppait les lieux, tandis que les premiers invités arrivaient, se saluaient, échangeaient, picoraient déjà les délicieux plateaux d’apéritifs camerounais préparés pour l’occasion. L’ambiance était conviviale, presque familiale. On se doutait que quelque chose de grand se préparait, mais personne n’imaginait encore à quel point.

Puis vint l’appel. Les portes de la salle d’exposition s’ouvrirent, et le public fut invité à s’y rendre pour un moment inattendu : une allocution de Blick Bassy. L’artiste, figure majeure de la scène camerounaise et porteur de l’initiative ‘Cabinet de Sciençage’, venait présenter son nouveau livre, mais il en profita surtout pour livrer un plaidoyer vibrant sur l’importance d’accompagner les industries culturelles et créatives. Ses mots résonnèrent longtemps dans les esprits, posant d’emblée une vérité : ce qui allait suivre, cette expérience unique, était aussi un acte politique, une affirmation que la création africaine mérite des espaces à sa mesure.

À la fin de son discours, un figurant torse nu, une simple lampe à la main, entra silencieusement. Il chercha le public du regard, puis, d’un geste doux mais ferme, les invita à le suivre. Comme un guide, il les ramena dehors, les installa sur les nattes et les sièges de bois, puis alla s’asseoir au pied du mur blanc, immobile, telle une sentinelle.

LA NUIT S’INSTALLE, LE RITUEL COMMENCE

La cour avait changé. La lumière, désormais, était rosée et tamisée. Dans les coins, sur les côtés de la scène, des foyers de bois brûlaient doucement, répandant une chaleur bienveillante et des effluves d’encens qui mêlaient leurs parfums à ceux de la nuit. Au centre, là où les nattes formaient le creux du U, une motte de terre – et sur cette terre, un mystère : un grand tissu noir, sous lequel on devinait une forme.

La maîtresse de cérémonie, la charismatique THEVOICE JEMMA, prit alors la parole. D’une voix chaude et posée, elle présenta le concept de la soirée, planta le décor, prépara les cœurs. Puis, sur le mur blanc, au-dessus de la tête du figurant toujours immobile, les premières images du film LOOKING FOR LOVE commencèrent à défiler.

Le public regarda, silencieux, absorbé par ces images tournées à Kribi l’année précédente. La mer, le sable, la quête, l’amour. Quand le film s’acheva, un son nouveau emplit l’espace : des bruits de nature, des vagues lointaines, le crépitement d’un feu. Et soudain, un mouvement.

Sous le tissu noir, au centre des nattes, une silhouette bougea.

L’ESPRIT SORT DE LA TERRE

Beaucoup sursautèrent. Personne ne savait que un performeur était là, caché depuis le début, attendant son heure. Le performeur, AREM., émergea lentement, tel un esprit qui sort de la terre, un ancêtre revenu parmi les siens. Le tissu glissa, révéla un corps, une présence. Il regarda le public, longuement, comme pour s’assurer que chacun était prêt à le suivre dans ce voyage.

Puis il se mit à marcher, lentement, frôlant parfois les spectateurs, établissant avec eux un lien muet mais puissant. Il gagna la scène, s’agenouilla, creusa la terre de ses mains. Et il en exhuma un trésor : un sandja rouge, ce tissu traditionnel Sawa que l’on noue autour des hanches, et un chapeau rouge – les mêmes que ceux portés par le personnage du film. Il les tint un instant devant lui, comme une offrande.

Alors retentit le premier conte. La voix de la mère de Smelo emplit l’espace, racontant l’histoire d’un fils qui retourne à sa terre natale. Et c’est là que SMELO apparut, surgissant de derrière la scène, silhouette fière et humble à la fois. L’esprit s’approcha de lui, lui noua le sandja autour de la taille, posa le chapeau sur sa tête, puis disparut dans l’ombre.

Le fils était revenu. La cérémonie pouvait commencer.

LE VOYAGE EN NEUF MOUVEMENTS

Alors vint la musique. Ebandolo éclata. Smelo, désormais paré du rouge des ancêtres, performa avec une énergie communicative. Le public, encore sous le choc de ce qu’il venait de vivre, se laissa gagner par le rythme. Les têtes oscillaient, les mains tapotaient les coussins.

Les titres s’enchaînèrent : Love2Love, Wata Don Finish, portés par cette afro-pop sensuelle qui caractérise l’univers de Smelo. Puis vint l’heure du deuxième conte, Family Mata. L’esprit revint, mais cette fois, sa silhouette avait changé. Il s’était voûté, s’appuyait sur une canne, avançait à petits pas prudents. Il était le père, le sage, l’ancêtre qui transmet. Il s’assit près de Smelo, et ensemble, ils mimèrent le dialogue du conte, cette parole paternelle qui enseigne que la famille compte plus que tout. La scène était d’une tendresse infinie. On entendait une mouche voler.

L’esprit reparti, Smelo poursuivit son voyage musical. Zambe, Ma ke ma yone, My Brother – chaque chanson était une station, une émotion, un pas de plus vers l’apaisement.

Puis vint le dernier titre, Looking for Love (The End).

LA PAGAIE, LA DANSE, LA COMMUNION

L’esprit réapparut, mais son geste avait changé. Il pagayait, comme s’il était sur une pirogue, fendant les vagues imaginaires. Smelo s’effaça un instant, le laissant accomplir ce rituel de navigation. L’esprit pagaya longtemps, puis tira sa pirogue sur une rive invisible, et en sortit. Smelo le rejoignit alors, et tous deux entamèrent une danse rituelle, mêlant gestes traditionnels et mouvements contemporains, comme deux frères réunis après une longue séparation.

La première partie du titre s’acheva. Alors, la seconde partie éclata, festive, irrésistible. L’esprit se tourna vers le public, lui fit signe. Et tout le monde se leva. Les nattes se vidèrent, les corps s’animèrent, les mains se levèrent au ciel. La cour du Cabinet de Sciençage n’était plus un lieu d’exposition ou de spectacle : c’était une fête de village, une célébration primitive et joyeuse de l’amour retrouvé.

Smelo, au milieu de cette marée humaine, rayonnait. L’esprit, dansait avec les spectateurs. Puis, aussi soudainement qu’il avait commencé, le chant s’acheva.

Le silence retomba, mais un silence différent, habité, vibrant.

APRÈS LA CÉRÉMONIE, LES ÉCHOS

Les artistes saluèrent longuement, sous les applaudissements et les acclamations. Puis vint un moment de questions-réponses où le public put échanger avec Smelo, comprendre les intentions, partager ses émotions. Les mots qui revenaient le plus souvent ? « Unique », « bouleversant », « jamais vu ça ».

Ensuite, le public fut invité à revenir dans la salle d’exposition. L’« Arbre à Voix » était toujours là, prêt à recueillir les impressions de cette seconde expérience. Beaucoup s’y pressèrent, déposant dans le micro des témoignages empreints de gratitude et d’émerveillement. Ceux qui avaient déjà parlé avant le spectacle purent mesurer le chemin parcouru : l’intime avait rencontré le collectif, et le choc était magnifique.

LA TERRE, TOUJOURS

En repartant, cette nuit-là, les spectateurs emportaient avec eux bien plus que des images. Ils emportaient la sensation de la terre sous leurs pieds, l’odeur du feu dans leurs narines, le goût des mets partagés, et surtout, cette certitude : ils avaient assisté à quelque chose d’inédit.

Quelque chose que Yaoundé n’avait jamais vu.

Un album devenu territoire. Une exposition devenue antichambre. Un spectacle devenu cérémonie. Et partout, toujours, cet ancrage : la terre. Celle des ancêtres, celle des racines, celle que l’on creuse pour en exhumer les trésors enfouis.

Smelo et le Cabinet de Sciençage ont prouvé, cette nuit-là, que l’art africain contemporain peut emprunter tous les chemins, traverser toutes les disciplines, toucher tous les sens. Ils ont ouvert une porte. Puissent nombreux être ceux qui oseront la franchir.

Article rédigé par AREM.

Directeur Artistique et Responsable de la Programmation du Cabinet de Sciençage.

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