Viol, consentement et société : briser le silence
Sciençage — 14 janvier 2026
Le 14 janvier 2026 marque l’introduction d’un nouvel axe dans nos activités : le Sciençage.
Plus qu’un format, il s’agit d’une posture. Celle de conversations ouvertes, conscientes, parfois inconfortables, autour des réalités qui traversent la société camerounaise contemporaine. L’intention est simple : déposer les fardeaux, mettre des mots là où le silence s’est trop longtemps installé.
Nous avons voulu créer un espace sûr ; un lieu où l’on peut parler sans se justifier, être entendu sans être jugé, et surtout reconnaître que, face à certaines épreuves, nous ne sommes pas seuls. Même lorsque nul ne peut réellement se tenir à notre place, la présence sincère d’autrui peut porter plus loin qu’on ne l’imagine.
Intitulée avec justesse « Briser le silence », cette séance pilote a posé les fondations de l’esprit que nous souhaitons insuffler au Sciençage. Elle a ouvert un dialogue frontal, nécessaire, sur des thématiques fortes : le viol, le consentement et leur traitement par la société.
La discussion n’avait rien de nouveau, et c’est précisément là le problème. Ces questions demeurent d’une brûlante actualité, tant elles continuent d’être mal comprises, minimisées ou déformées. Les échanges ont révélé l’étendue inquiétante des comportements, paroles et attitudes qui relèvent de la vaste — et trop banalisée — sphère des agressions sexuelles.
Les témoignages partagés ont suscité empathie, malaise, réflexion et introspection. Ils ont rappelé une vérité inconfortable : nul n’est totalement à l’abri, et nul n’est entièrement extérieur à ces dynamiques. On peut être victime. On peut aussi, parfois sans le savoir, être du côté de la violence.
Sans trahir l’intimité de celles et ceux qui ont pris la parole — certains évoquant des agressions explicites, d’autres des expériences plus insidieuses — plusieurs enseignements majeurs se sont imposés.
1. L’agression n’est pas définie par l’auteur, mais par la victime
Il devient urgent d’abandonner les formules qui dédouanent :
« C’était juste… »
« Il/elle exagère… »
« Mais il/elle voulait… »
Chaque individu porte une histoire, une sensibilité, un rapport au corps et au monde qui lui est propre. Changer d’avis n’est pas une faute. Ressentir de l’aversion n’est pas une provocation. Aucune limite n’appelle une punition.
Comprendre l’autre avant d’agir, et comprendre la blessure lorsqu’elle a été infligée, relève du minimum humain. Là où une frontière a été franchie, c’est une âme qui a été bafouée ! Cela exige reconnaissance et non relativisation.
2. La valeur de soi ne doit pas être conditionnée par un environnement défaillant
Un thème est revenu avec insistance : la dégradation du regard porté sur soi après une agression.
Non seulement les vies sont bouleversées par l’acte en lui-même, mais elles sont souvent achevées socialement par ce qui suit.
« Que portais-tu ? »
« Que faisais-tu là-bas ? »
« À quelle heure ? »
Entre maladresse et cruauté, ces questions déplacent la faute, désignent la victime comme origine du crime, et finissent par excuser l’inexcusable.
Or, une personne en reconstruction n’a pas besoin d’un tribunal moral. Elle a besoin de cadre, de compassion et de protection. L’encadrement humain soigne là où la suspicion détruit.
3. Une expérience ne saurait résumer une existence
Si l’environnement joue un rôle décisif, un autre chemin reste fondamental : le pardon envers soi-même. Reconnaître que quelque chose s’est produit hors de notre contrôle, sans en faire une identité.
On peut survivre amputé.
On peut aussi se donner le droit du temps, de la lenteur, de la reconstruction.
Tu n’es pas ce qui t’est arrivé.
Tu es ce que tu choisis de devenir après.
Ce premier Sciençage fut intense. Parfois lourd. Mais nécessaire.
Il a marqué une entrée sincère dans l’univers et l’espace sûr que nous nous efforçons de bâtir. Un lieu imparfait, mais vivant. Un lieu où le silence n’est plus un tombeau.